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Journal de Stéphane – 4 octobre

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09:34
10/11/2009


Lui

Admin

posts 2

Post edited 23:32 – 12/11/2009 by Lui


4 octobre 2008

    Cher Journal. Non, ceci n’est pas une bonne façon de débuter ces annales. Je suis loin d’être un pauvre adolescent en peine d’amour. Et il ne s’agira pas vraiment d’un journal… en fait. C’est plutôt une survie… une chronique de survie. La planète ne sera plus jamais la même, le monde est détruit, apocalyptique. Je vais raconter mon point de vue, ma survie, alors que je tente de subsister dans ce monde infernal.

    Allons-y logiquement, si vous lisez ces pages, c’est que je suis probablement mort (bien que je risque de me tenir encore debout, soutenu par des jambes vacillantes). Sachez que je me nomme Stéphane Lachance, et j’espère de tout cœur que vous venez de me tirer une balle dans la tête.

    L’enfer s’est abattu sur la planète. Je ne crois pas en Dieu, mais j’ai l’impression que Satan s’est vengé pour tous ces siècles de persécution. Son bataillon de morts-vivants a pris notre société d’assaut. Ils ont tout ravagé sur leur passage, sans relâche.

    Les médias ont accusé le typhon Martha. Que celui-ci avait réveillé un virus du bas fond de l’océan. Aucun scientifique n’a pu confirmer avant le crash de la station CNN, mais depuis le déferlement destructeur de l’ouragan, tous les gens qui périrent de façon naturelle, revinrent à la vie. Ou plutôt à la non-vie. Vous devez posséder plus d’informations que moi à ce sujet, si vous avez survécu plus longtemps au carnage.

    L’invasion fut donc rapide. Trop rapide. Au Québec, l’armée put recueillir une partie de la population dans ses bunkers, mais la majorité n’eut pas cette chance. Je fais partie de cette majorité. Je peux par contre me contenter d’être encore vivant… pour l’instant.

    Ma femme et ma fille se trouvent à la base de Gagetown. Elles étaient en visite familiale non loin de là. Je fus dans l’impossibilité de les rejoindre. L’épouvantable bouchon de circulation me stoppa en plein centre-ville de Montréal. Je sus alors qu’il me serait impossible regagner leur présence si précieuse. Il fallait donc me cacher au plus vite, par faute de rester prisonnier sur l’autoroute, à l’intérieur de mon véhicule. Une course folle au travers une ville apocalyptique me ramena à mon boulot, sur la rue de Maisonneuve, près du métro de la Place des Arts.

    Déjà une semaine que tous les contacts sont coupés. L’électricité et les ondes satellites des cellulaires ont failli, faute de maintenance.  Les ondes radio fonctionnent probablement, mais je ne suis pas dans la situation pour le vérifier.  Ma dernière communication avec Marjolaine fut donc brève. Elles étaient sauves, bien que ma femme ignorait pour combien de temps. À la base, beaucoup de survivants criaient la fin du monde. Un soldat s’était d’ailleurs suicidé quelques jours plus tôt. Sa dépouille en avait terrassé dix autres, mais leurs corps furent rapidement contenus et balancés hors des murs.


    Pour ma part, je me suis tapi à l’endroit le plus blindé que je connais. Mon emploi. Les murs sont en béton et les portes en acier trempé anti-incendie que les morts ne semblent pas être en mesure de traverser… pour l’instant. J’ai réussi à me dénicher quelques cannages dans l’épicerie du coin lors des émeutes, il y a quelques jours.

    Personne ne voulait m’accompagner. J’ai eu beau essayer de convaincre quelques rescapés, mais tous me répondaient avec hystérie que seule l’armée pouvait les sauver. Aucun ami, aucun compagnon de travail. Aux dernières nouvelles, Max s’en tirait chez lui, mais il craignait la fin proche, n’ayant rien de très solide pour les repousser.

    Je me trouve donc seul dans un local pouvant accueillir plus de deux cents personnes. Au sixième étage. En plein cœur de Montréal.

    J’ai aperçu des survivants durant les premiers jours. Ils fuyaient les morts sur la rue Maisonneuve. J’ai fait signe à quelques-uns, mais ces foutus zombies eurent tôt fait de me remarquer et s’introduire dans l’immeuble. Un couple tenta du mieux qu’il put de me rejoindre. Je les ai entendu crier d’horreur dans la cage d’escalier, à l’étage plus bas… si près. Appelez-moi hypocrite ou sans cœur, mais je n’ouvre plus à personne le portail de fer qui me protège.

    Cela fait plus d’une semaine que je survis, seul dans mon univers sombre. Presque un mois depuis l’ouragan fatidique.

    Ce matin j’ai décidé de rédiger ce journal. J’ai très peu d’espoir qu’il tombe entre d’autres mains que les miennes. Mes réserves diminuent et je n’ai toujours aucune idée de ce que je devrais faire. J’espère seulement que Marjo et Loriane survivent toujours à cet enfer. Si seulement je pouvais avoir un moyen de les rejoindre.

    Je vais me coucher maintenant… Je vous aime.

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