Démence


Pauvre Max, encore une fois engouffré dans l’abyme. Il tente perpétuellement de s’en échapper, mais les parois ombrageuses ne lui laissent aucune chance.

Max est inquiet. Plus de deux jours accrochés dans cet enfer. Deux journées complètes de sommeil agité, accompagné de tendinite aux paluches. La tête lui tourne, le cœur lui lève. Il a sommeil, mais il lui est impossible de dormir.

Son estomac le force à rejeter son maigre diner, lui laissant un goût amer dans la bouche. Max cligne des yeux pour s’assurer que son corps répond toujours.

Les capteurs se tiennent loin. Ils se doutent bien que dans leurs états, les prisonniers ne peuvent aller bien loin. Le Duc arpente le corridor, jetant un regard tenace sur les geôles.  Il se passe la main dans les cheveux, fier. Son maitre va quand même être satisfait malgré son inutilité habituelle.

Max amasse tout son courage et tente sa chance. Il doit sortir d’ici.

Il se lève difficilement, se lance. Pas après pas, silencieux, il se faufile jusqu’à l’arche. Robril le fixe, le regard vide, pour ensuite poursuivre sa besogne ignoble, sans réfléchir. Philambrux semble apeuré, mais n’ose réagir. Il laisse aller son collègue à sa perte, espérant plus que tout qu’il s’en sorte indemne.

Une envie folle envahie Max. Il doit se rendre à son but. Il ne peut plus continuer son labeur acharné sans subsistance. Juste quelques gouttes, c’est tout ce dont il a besoin. Quelques gouttes seulement, et il revient s’acharner à sa tâche.

Le corridor est désert. Les lumières tamisées donnent un aspect angoissant à l’endroit. Une vieille affiche illustre un manchot dansant sur un glacier. Les pensées déviantes de Max le laissent perplexe.

Une autre bifurcation et il aura atteint son but.

Max frissonne d’un mélange d’excitation et de peur. Le segment le plus laborieux est accompli. Il oblique à sa droite, et aperçoit la porte bénie au fond du couloir. Alors qu’il s’apprête à s’y rendre, elle s’ouvre lentement.

Apeuré, Max se planque dans l’alcôve à sa droite. L’endroit même où les persécuteurs entassent les outils devant être distribuées dans le donjon.

Quelqu’un approche. Max reste tapi contre le mur, tentant l’impossible pour empêcher la peur de l’emporter. Il cherche une arme du regard, mais en vain.

Le pouacre pousse un vieux chariot rouillé qui grince sur son passage. Max ferme les paupières de toutes ses forces, espérant ne pas être vu par la chimère.

Tel un mort-vivant, la vigile passe son chemin, aveuglé par son travail monotone. Max pousse un soupir de soulagement, réalisant qu’il était sur le point de mouiller son slip.

Un souffle derrière son épaule lui hérisse les poils du cou. Max panique, terrifié à l’idée de se retourner. Il a peur de découvrir le Duc figé derrière lui, des couteaux dans les yeux, prêt à le terrasser sur le champ.

Sans réfléchir, Max frappe du coude et court. Il court le plus vite qu’il n’a jamais couru et se lance de plein fouet sur la porte qui s’ouvre d’un coup sec, retentissant sur le mur d’un bruit sourd. Max échappe un cri déchiré entre la victoire et la surprise.

De l’autre côté, deux copains sont assis à la cafétéria et le regardent d’un air soucieux.

- Tu sais Max, il faut vraiment que tu arrêtes ces lubies lorsque tu viens te chercher un verre d’eau. Tu devrais peut-être cesser le temps supplémentaire pour quelques temps.

Pour le pauvre Max Pépin,
VuN, 26 aout 2008

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